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Live and let die online

Screenshot from 2013-10-15 22:59:47

(Cet article a été publié sur un de nos blogs d’entraînement cet après-midi)
Les réseaux sociaux ont réagi hier à une nouvelle tragédie après qu’un internaute chilien a publié un tweet annonçant son suicide en 140 charactères.

“Je vous aime”, disait le tweet programmé, accompagné d’un lien vers une page web créée pour l’occasion, pour expliquer le pourquoi et le comment de son acte.

En l’espèce, Twitter peut être vu comme l’un des outils du suicide ; le même outil qu’a utilisé le Tunisien Mohamed Bouazizi en 2010 pour annoncer son départ. Ici, le père du garçon chilien a appris la mort de son fils via Twitter.

Mais ce nouveau cas de suicide annoncé en ligne pose une autre question : qu’est-ce que mourir veut dire aujourd’hui ?

Pour Facebook, la mort n’est plus un départ définitif. Vous restez vivant et présent sur le réseau. Après avoir fourni quelques papiers officiels, comme vous le feriez pour fermer le compte en banque du défunt, Facebook “mémorialisera” votre profil. Plus personne ne pourra s’y connecter, mais tout restera accessible en ligne pour l’éternité.

Et que dieu pardonne à votre famille qui essaierait d’accéder à votre compte pour le supprimer : Facebook leur fera un procès en vertu de leur Politique de Confidentialité et du 1986 Electronic Communications Privacy Act.

Il est fréquent de lire de nos jours que Twitter pourrait aider à prévenir le suicide. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui la mort a une autre dimension : vous mourrez aussi en ligne.

Ce lundi matin, je lisais une enième histoire à propos d’un utilisateur de Twitter chilien qui s’est suicidé et l’a annoncé au monde avec un tweet pré-programmé, qui a atterri sur Twitter après la mort du garçon.
La réaction au Chili a été assez forte pour être reprise par quelques sites d’actualités en Europe.

Comprenez-moi bien : chaque mort est tragique, mais un Chilien qui se suicide n’est pas une grosse actu pour beaucoup d’entre nous.
Non, ce qui m’a titillé, c’est le rôle de nos chers réseaux sociaux dans cette affaire.

La préméditation existe. Il serait stupide de considérer que chaque suicide peut être réduit à une impulsion ou à un coup de tête. Laisser une lettre peut se comprendre facilement : dire au revoir, blamer quelque chose ou quelqu’un…

Mais dans ce cas, c’est encore différent. Ici nous assistons à une confusion complète entre les sphères publiques et privées. Regardez simplement : le père a appris le suicide de son fils sur Twitter, avant de se précipiter à son appartement pour y trouver un cadavre. Le tweet et le site internet ne sont pas simplement une lettre, ce sont des lettres publiques – que les internautes ont probablement vu avant la famille du garçon.
Mais encore une fois, les suicides à dimension publiques ne sont pas tout à fait nouveaux. Les moines tibétains s’imolant par le feu en sont un bon exemple.

La nouveauté, c’est la dimension internet que la mort est en train d’embrasser. Nombre d’entre nous ont développé une existence en ligne, et cette existence doit se terminer elle aussi.

Maintenant, la partie terrifiante. Facebook. A nouveau. Votre profil Facebook n’est plus une extension de votre vie, il est maintenant quelque chose qui vous dépasse et vous survivra. Quelque chose que même votre famille ne peut pas contrôler. Parce que Facebook a décidé d’ériger un mémorial à votre mémoire. Parce que Facebook l’a décidé ainsi.

J’attends la prochaine fonctionnalité de Facebook : sur votre page d’accueil, un rappel pour les anniversaires de vos amis, et un pour les anniversaires des décès de vos proches. Une opportunité tout à fait appropriée pour vous d’aller leur laisser un petit message sur leur “mur.” Qui restera en ligne à tout jamais.