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Liens de la Semaine #6

Voila un moment que je n’avais pas mis à jour cette rubrique. Les “liens de la semaine” devraient s’appeler les “liens du mois” ! Mais peu importe, c’est l’intention qui compte, non ?

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En tout premier lieu, j’aimerais vous envoyer lire l’article d’Eric Kim sur Josef Koudelka. L’auteur est certes critiqué, en partie parce que son succès internet fait des jaloux, mais il a le mérite d’écrire des articles qui ouvrent le champ de vision. Intitulé “10 leçons que Josek Koudelka m’a appris à propos de la street photography”, il réussit à tirer de l’oeuvre de Koudelka autant de leçons qu’il transpose à l’exercice de la street photography. Ne râlez pas contre ces imbécilités d’articles qui n’apportent rien. Si vous lisez ce genre de blog, vous n’êtes pas dans la rue à prendre des photos ! Et l’oeuvre de Koudelka est tout simplement fascinante. Je l’ai moi-même rencontré cet été à Arles, avec en prime le bonheur immense d’admirer les tirages de sa série Gypsies. Comme je l’ai écrit plus tôt, c’est quelqu’un de fabuleux, qui a dédié sa vie à sa photographie, vivant dans une pauvreté extrême, et bougrement doué l’appareil à l’oeil.

©B.Simon

©J.Koudelka Magnum Photos

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En deuxième position, voici un article de Joey L., un photojournaliste Canadien, qui raconte sur son blog comment trouver un guide sur le terrain. Comprenons bien que l’article s’adresse en priorité aux journalistes (quelle que soit leur spécialité), ou en tout cas aux personnes qui ont besoin de trouver sur zone un fixeur, c’est-à-dire une personne de la région qui remplit différentes fonctions : traducteur, conducteur, chasseur de contacts. Une espèce de gatekeeper qui renseigne sur comment se comporter, où aller, comment y aller… Un vrai homme à tout faire, un pilier du reportage à l’étranger sans qui beaucoup d’informations ne pourraient être rapportées. L’article n’est pas très long, mais il a le mérite d’être clair. Surtout, il a ce côté “voilà comment j’ai fait, voilà mon expérience” que j’affectionne particulièrement. Il ne cite pourtant pas dans ses méthodes de recherche le site LightStalkers, pourtant un endroit très fréquenté par les professionnels de l’information en général et de l’image en particulier, sur lequel fleurissent régulièrement les annonces de fixeurs disponibles ici et là dans le monde.

A noter pour être complet que je suis Joey L. depuis son article sur PetaPixel : “5 trucs de voyage indispensables pour les photographes.” Du conseil de bon sens (ne pas indiquer “photographe” en activité sur les formulaires de douanes) à “embauchez des autochtones”, l’article est simple et léger, et permet de voyager bien au chaud dans son salon.

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Vous connaissez peut-être Eric Bouvet, un grand nom du photojournalisme français, passé par Gamma à ses débuts, et aujourd’hui indépendant. Et bien ce grand monsieur a, en plus de ses images de la première guerre de Tchétchénie, écrit un texte sur son expérience là-bas, une expérience terrible. En effet, il a couvert ce conflit meurtrier (100 000 morts dont 5000 militaires, selon Wikipedia) du côté des Russes, et a vécu une vraie descente aux enfers, un naufrage dans la barbarie. Ce texte a été adapté au théâtre pour être donné à Saint-Barthélémy d’Anjou et à Bayeux. Le très agréable blog de Claire Guillot, du Monde, en parle, avec des mots que je ne saurai surpasser.

En 1995, ce Français a couvert la guerre côté russe, aux côtés d’un commando de soldats sans état d’âme, qui bombardent, terrorisent, pillent, tuent, torturent à tour de bras. L’ambiance colonie de vacances des débuts, potache et arrosée, sombre peu à peu dans l’horreur. (…) Les reporters de guerre aiment en général raconter leurs aventures : ce sont souvent des histoires épiques, pleines de sang et de courage, où le héros s’en sort miraculeusement. Mais Eric Bouvet n’a jamais goûté au mythe du reporter de guerre glorieux : il répète souvent qu’il est « une personne normale », pas un héros, qu’à Paris il a bien d’autres choses à faire qu’à montrer ses cicatrices ou ressasser ses histoires d’ancien combattant. Son récit, Jusqu’au Bout, qu’il a publié à compte d’auteur, se veut celui de monsieur-tout-le-monde: on le voit confronté à la tuerie et à l’absurde d’une guerre qui ne le concerne pas, à vomir de peur et à se demander ce qu’il fait là.

Bref, j’aurais aimé être à Bayeux le 15 mars pour ne pas rater cette représentation.

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Dans la catégorie “texte retrouvé dans les oubliettes”, il faut lire l’interview de W. Eugene Smith par Philippe Halsmann, de l’American Society of Media Photographers, qui date vraisemblablement de 1956, soit après son entrée chez Magnum. Ses réponses sont poignantes, et la plus célèbre est sans conteste celle-ci :

Q: Cartier-Bresson never asks for this [staging]…. Why do you break this basic rule of candid photography?

A:** I didn’t write the rules — why should I follow them?** Since I put a great deal of time and research to know what I am about? I ask and arrange if I feel it is legitimate. The honesty lies in my — the photographer’s — ability to understand.

© W. Eugene Smith Magnum Photos

Smith est quelqu’un dont le parcours laisse sans voix : Il a créé le format de l’essai photographique, en étant le premier à réaliser ce genre de travail en 1948 ; c’est son “Médecin de campagne.” C’est un photographe névrosé, obsédé par une chose : l’image, le cliché parfait. Témoin de cette obsession : il travaille pendant plusieurs années sur la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie), sans le soutien de Magnum et en ayant quitté le magazine Life, accumulant négatifs après négatifs, se ruinant pour payer son film et continuer son travail, qu’il refuse de publier partiellement. Gene Smith s’épuise et se perd dans ce labyrinthe, recherchant à photographier l’ensemble de la ville – travail titanesque qui l’a rongé pendant des années. Et en écrivant ces lignes, je suis tombé sur un splendide article d’Esprits Nomades sur W. Eugene Smith. Mieux vaut ne pas le louper, et embrasser quelques instants cette personnalité torturée, qui mourra en 1978, avec 18$ sur son compte en banque, avec 11 tonnes d’archives déposées à l’Université d’Arizona (source : Wikipedia).

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Et pour terminer, si vous utilisez Google Reader, vous n’avez pas pu passer à côté de la nouvelle : le service fermera ses portes en juillet. S’en sont suivis des tonnes d’articles sur le meilleur successeur à cet agrégateur de flux RSS, ainsi que des pétitions. A titre personnel, je regrette la fermeture de Google Reader, que j’utilise quotidiennement depuis près de 5 ans. Les arguments qu’on peut entendre un peu partout selon lesquels le RSS est mort et remplacé par Twitter, Facebook et j’en passe, sont des foutaises. J’utilise aussi ces services, mais rien ne peut remplacer mes RSS. L’agrégateur est le seul endroit où je retrouve l’actualité des sites et blogs que je lis régulièrement, dont je lis chacun des articles. Twitter reste un espace d’expression et de discussion intéressant, qui a quand même contre lui un rapport signal/bruit très faible. Bref, pour ma part, j’ai migré vers The Old Reader, et j’ai trouvé Feedly détestable. Mais si vous vous sentez l’âme d’un aventurier, Lifehacker vous propose une méthode pas-à-pas pour créer et héberger votre propre agrégateur, avec TinyTinyRSS. C’est ce que je ferai dès cet été.