Blog - BS Data, hackery, stories

Dissection du World Press Photo 2013

*J’arrive après la pluie, mais c’est à dessein. Pourquoi vouloir se perdre dans le flot de critiques qui arrivent avec de tels événements. *

Le mois de février voit la proclamation des résultats d’un des concours photojournalistiques les plus attendus au monde : le World Press Photo. L’organisation néerlandaise récompense chaque année depuis 1955 les meilleures photos de presse. Et parmi les photos gagnantes, vous en connaissez très probablement plusieurs, qui ont marqué l’histoire.

-

Cette année, c’est Paul Hansen qui remporte la palme, pour une photo rapportée de Gaza. En légende : “Suhaib Hijaizi, 2 ans, et son frêre aîné Muhammad ont été tués dans la destruction de leur maison par un tir de missile israélien. Fouad aussi a été tué, et leur mère a été placée en soins intensifs. Les frères de Fouad portent ses fils à la mosquée pour l’enterrement pendant que son corps est porté derrière, sur une civière.”

-

A propos de la discussion sur la présence de la mort parmi les photos gagnantes de ce concours, je vous renvoie à la fin de l’article d’André Gunthert, “Anatomie d’un World Press Photo”. Un blog à suivre, dans tous les cas.

-

C’est sur un autre point que je voudrais revenir. La photo d’Hansen est critiquée de manière très virulente par rapport à son soi-disant usage immodéré de Photoshop. La raison ? L’image paraît fausse. La lumière paraît incroyable. Certains ont même parlé de HDR. Aye. C’est la lumière qui semble poser problème. A condition de ne pas savoir comment regarder ! Sur l’image ci-dessous, on constate clairement que la photo a été prise un jour où le soleil tapait très fort sur Gaza. Ce qui veut dire un fort contraste, des visages dans l’ombre et une lumière qui vient d’en-haut. Tout le contraire de l’image de Paul Hansen en somme.

Oui, mais observez. En haut à droite, on voit clairement les ombres très dures des balcons qui confirment la situation de plein-soleil. Et pourtant, cette image a été prise dans une toute autre configuration : dans l’ombre. Dans l’ombre, et même, dans un moment de grâce où une quelque chose réféchit la lumière sur le mur de gauche, projetant cette lumière douce et si peu naturelle pour certains. Le petit diagramme réalisé par l’utilisateur Reddit Bennyboy1337 confirme bien cette hypothèse.

-

Alors, est-on face à un abus des tirettes des logiciels de retouche où à une perte de confiance face à l’image ? Personnellement, je penche pour la seconde solution. Le thème est à la mode, et ce déficit de confiance commence d’être relativement agaçant. Prenez l’image de James Nachtwey. Douteriez-vous de la sincérité de l’image ? Et pourtant, la situation est presque la même : un puissant soleil projète sa lumière sur un réflécteur – ici, le mur blanc sur la droite -, qui renvoie sa lumière sur les sujets.

-

Peu de confiance non plus dans le jury d’Amsterdam. Pourtant, les fichiers RAW (équivalents du négatif) seront examinés. Et ce ne serait pas la première fois qu’une photo serait disqualifiée du World Press Photo. Même solution pour le jury de National Geo. Mais ici, nous ne sommes pas dans la situation où un élément de l’image aurait été enlevé, mais seulement face à des critiques sur la saturation, le contraste, ou la modification de la lumière. Alors face à ça, on mobilise les arguments classiques : “oui, mais les tireurs argentiques faisaient déjà ça, bla bla…” Non, nous sommes dans une époque où l’usage de la retouche et de Photoshop est un excellent argument de disqualification d’une image ; disqualification d’autant plus efficace que l’on attend du photojournalisme, plus que de la mode ou du portrait, qu’il dépeigne la réalité, et seulement la réalité.

– Toutes les images sont la propriété de leurs auteurs respectifs