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Argentique vs numérique, le remake web 2.0

Peut-être vous rappelez-vous de mon article sur le grand débat argentique/numérique, à travers lequel j’ai essayé de faire passer un sentiment plus personnel, et que j’ai terminé sur une conclusion qui ne concluait rien du tout, mais qui laissait voir la vraie différence entre les deux systèmes : le temps.

Je m’attendais à au moins une réaction : celle de Stéphane Bieganski, un copain grenoblois qui passe sa vie à bouffer du film et à essayer des choses farfelues. Evidemment, ça n’a pas loupé. Et ça a été intéressant. A tel point que je me suis dit qu’il fallait en faire un article.

Voici plutôt :

*Basile : Je retrouve ta réflexion dans mon paragraphe ou je parle du bonheur de voir ses photos le soir-même. Le partage est devenu fondamental avec le 2.0, c’est clair. *

Stéphane : Avec Facebook, Flickr, Twitter, et consort, on va même beaucoup plus loin ! C’est parfois à se demander si nous sommes pas plus pressés de partager nos photos que de les voir ! A force de “consommer” du réseau social, on a parfois l’impression qu’une activité réduite s’apparente à une mort cérébrale. Que le fait de ne plus partager signifie qu’on ne fait plus rien. Comprends par là que si tu ne postes pas régulièrement tes photos sur le net, beaucoup se demanderont si tu n’es pas passé définitivement à la broderie ou au parachute ascensionnel en abandonnant tout le reste. En photographie, comme dans d’autres domaines, il faut savoir prendre son temps. Surtout si notre activité n’est pas professionnelle. Qu’un pro balance la moitié d’un film parce qu’il est pressé, qu’il a besoin de ses clichés pour le soir même, OK. Chez un amateur, ça n’a pas de sens. (note personnelle : shooter des chats et des pots de fleurs pour finir un film revient, pour moi, à le balancer). Développer le soir même, c’est bien s’il pleut, que sa femme a attrapé une gastro, et que TF1 (re)diffuse Joséphine Ange gardien… Mais il ne faut pas se précipiter et se lancer dans un développement simplement pour avoir de la matière à diffuser et montrer qu’on existe. Surtout si ce que contient le film n’a pas rapport avec une actualité brulante. Ce n’est pas très grave d’avoir du retard dans ses dev (enfin, ça dépend à quel point). Et c’est encore moins grave si ce retard tient au temps passé au troquet, au cinéma, au boulodrome, ou encore au vrai travail (celui qu’on a dans la vraie vie).

 

 

*B : En vérité, je viens de regarder mon classeur à films : j’ai globalement peu de films shootés pendant l’année universitaire. Le gros des films que j’ai, à intervalles très rapprochés, il est pendant les vacances, quand je passe mes journées au labo ou à faire des photos. *

S : Parce que tu dois probablement considérer la photo avant tout comme un loisir, et non comme une preuve de ton existence sociale. Tu shootes et du développes pendant les vacances parce que tu sais que tu en auras le temps, et que tu veux consacrer une partie de ce temps à la photo. Tu ne te lèves pas tous les matins en te disant : “Vite, il me faut une photo aujourd’hui pour mon album 365 days ! Qu’est-ce que je vais faire ? Ah oui, tiens, je vais poser ma culotte dans le lavabo, à coté de mon petit chat et de ma fleur que j’adore, et la prendre en photo ! Super idée encore que j’ai eu ce matin !” Se fixer des contraintes, c’est bien. Mais il y a quand même des limites : les contraintes doivent être qualitatives, et non pas quantitatives ! Alors, bien sûr, le numérique permet de faire des choses géniales, comme l’argentique. Mais le numérique conduit aussi à des déviances parfois gravissimes. Il suffit d’aller jeter un oeil sur un groupe “365 days HDR” ou “365 days with my kitten and my bra” pour comprendre de quoi je parle. C’est mignon une fille de 17 ans en soutien-gorge. Une fois, ça passe ; mais se forcer soi-même à shooter ça toute l’année (et certains signent ensuite pour une année supplémentaire), c’est du masochisme. Je trouve que l’argentique permet d’avoir un certain recul par rapport à ces pratiques qui relèvent plus d’un effet de mode inhérent aux réseaux sociaux que de la pratique photographique.

B : L’argentique n’est toutefois pas un gage de qualité.

S : C’est vrai ! Il suffit de voir comment certains se ruent comme des boeufs dès qu’un nouveau film Impossible est disponible (note personnelle : je fais parfois partie du troupeau de boeufs en question). Mais l’avantage de l’argentique, c’est aussi qu’il limite le nombre de prise de vue possible. Et que donc, mécaniquement, il impose une certaine réflexion préalable au déclenchement. On parle bien entendu ici des amateurs, et non des professionnels ou des confirmés qui, j’en suis persuadé, savent réfléchir avec un numérique dans les mains.

 

 

B : Se couper de l’immédiateté du partage, mais peut-être se couper du rythme de la vie de tous les jours, qui ne permet pas forcément de développer/scanner/épiler/tirer les images argentiques, alors que le numérique, pouf c’est en ligne.

S : C’est le grand avantage du numérique. Je discutais l’autre jour avec le type qui tient le labo photo en bas de chez moi. Quand il me voit débouler pour acheter du film 120, il aime bien se lancer dans de grands discours sur l’évolution du monde de la photo. La dernière fois, il m’a parlé de la couverture des championnats du monde de ski acrobatique en 1986 (tout un programme !). A cette époque, la photo ne circulait pas encore sous forme de pixel via le net. Ca n’empêchait pas les photographes de travailler rapidement, en passant par la Sernam, ou en trouvant une voiture remontant sur Paris pour livrer films ou photos. Aujourd’hui, nous pouvons tous vivre cette aventure : nous pouvons tous avoir l’impression d’être des photo-reporters. Les barrières ont sauté ! Le développement à la maison s’est démocratisé, la numérisation permet un gain de temps relatif par rapport au tirage classique. Quand il se passe un évènement, on y va, on shoote, on développe, on partage. Tout ça en quelques heures. Parce qu’il faut (et nous voulons) rester dans l’actualité, présenter à nos contacts et à d’autres des photos qui sont d’actualité. Poster le 14 juillet des images d’un 31 décembre n’a généralement aucun sens. Par contre, pour le reste, rien ne presse. Il faut encore une fois savoir prendre son temps, sans s’imposer de contraintes quantitatives.

Photos : Stephane Bieganski, tous droits réservés