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Fuji X100 – un bon choix ?

J’en discutais l’autre soir sur twitter avec Niels Ackermann et Fabien Mahaut : le Fuji X100 a l’air très sexy. Force est de constater que je ne me sers qu’exceptionnellement de mon 40D en dehors des mariages. Je n’ai de plus pas vraiment d’affinités particulières avec cet appareil. Alors je me suis dit pourquoi pas. Voyant qu’Eric Bouvet et autres échangeaient leurs reflex contre des X100 ou des X-Pro 1, la question s’est posée toute seule dans ma tête. Et j’ai eu l’occasion d’essayer très brièvement le boitier l’autre soir chez un collègue. Bluffé par le look et par le viseur. Très aimablement, il me l’a prêté pour ce week-end, “pour voir et fais-y attention”.

J’aimerais raisonner a priori, c’est-à-dire de définir avant le test ce que j’attends de ce X100, ce sur quoi je serai exigeant et ce sur quoi je peux éventuellement passer l’éponge. Cet appareil me servirait principalement comme boitier d’appoint, comme passe-partout, comme un atout discret mais capable. J’attends une bonne réactivité à la prise de vue (allumage, autofocus, mise au point manuelle, stockage…), une qualité d’image satisfaisante, particulièrement dans les hautes sensibilités. Less is more, dit-on souvent : pourvu que le boitier soit simple à manier et à régler. Enfin, un boitier numérique solide, cela devient rare. J’espère pouvoir faire confiance à ce X100 pour ne pas s’encrasser ou marquer à la moindre rayure. Après, il y a des choses dont je me fiche. Exemple type : le flash. Je ne savais même pas qu’il en avait un. Qu’il soit manuel ou semi-automatique m’est égal aussi, tant que la cellule est précise et simple à lire. De même, plus la batterie est longue, mieux c’est ; mais je ne m’en préoccupe pas, car j’aurai de toute façon plusieurs batteries.

EDIT 07/01/2012 : Fuji a annoncé un X100S – S comme “speed” -, une mise à jour du boitier qui solutionne nombre de points noirs relevés dans la suite de cet article. Compte-rendu sur ce blog. <!--more-->

JOUR 1 : PRISE DE CONTACT AVEC LA BÊTE

Le look : De prime abord, c’est la toute première chose que l’on remarque. Je suis pour ma part conquis. Sa bouille de Leica M arrondi est extrêment séduisante. Le revêtement en vulcanite est doux mais me met moins en confiance que celui de mon Leica M. Et les gros morceaux de magnésium brossé, gravés sur le dessus, achèvent toute critique : l’appareil est tout sauf cheap. Savant alliage de magnésium gris foncé (à l’ombre, un vrai 18% !), de chromes discrets sur les molettes de réglages “classiques”, et de noir sur les mutliples boutons divers et variés qui ponctuent le dos du boitier et s’affichent discrètement sur le dessus, le X100 a vraiment beaucoup pour plaire.

Le viseur : Le viseur est pour le moment très satisfaisant. Le rappel des réglages utilisés en ce moment est très clair, de même que le cadre délimitant le champ du 35mm. J’attends de faire plus amples tests en situation pour juger des conditions difficiles.

L’ergonomie : Je parlais plus haut de la simplicité et de l’accessibilité, et je dois dire que je suis déçu : c’est un calvaire de naviguer dans les menus. Il me manque peut-être un peu de doigté, mais l’utilisation de la molette ronde à droite de l’écran est infernale : peu précise, crantée bizarrement, et difficilement cliquable pour les gros doigts. Autre problème ergonomique : les gros boutons. Je n’y suis pas habitué, donc je ne peux pas comparer. Toutefois, mon sentiment est très mitigé sur ces boutons. Gros, pour ne pas dire proéminents, ils n’arrêtent pas de s’accrocher un peu partout. Un point qui me travaille encore : le boitier est muni d’une molette de correction d’expo (-2IL/+2IL) mais PAS de bouton ISO. J’aurais trouvé plus logique d’avoir un bouton d’accès aux ISO (qui aurait été d’ailleurs bien plus petit) qu’un correcteur d’expo que je trouve bien moins utile. Une bonne idée qu’a eu Fuji, c’est de bloquer l’apparition du cadre dans le viseur lorsque le bouchon est encore sur le fût de l’objectif. Combien de fois ai-je laissé le bouchon en place, et m’en suis rendu compte 5 poses plus tard ? Bien vu, donc. Détail qui a son importance : il n’y a pas de détrompeur sur la batterie, qu’on peut insérer dans les deux sens. Merci la confusion quand on est dans le rush.

JOUR 2 : TENSION ENERGETIQUE

Je sais que la batterie ne me tiendra pas très longtemps. Il me faut économiser l’énergie et mettre le boitier hors-tension régulièrement.

Boutons, menus et fonctions à gogo : Comme je le disais à mes camarades de Graines d’Images pendant la soirée de samedi, je suis très partagé : l’appareil est extrêmement attirant, mais je n’arrive pas à le manier et à la plier à ma volonté rapidement. Exemple : je râlais hier contre l’absence de touche ISO sur le boitier ; j’ai découvert aujourd’hui que la touche Fn (sur le dessus, à proximité immédiate du déclencheur) peut appeller pas mal de fonctions, dont le réglage ISO. Bon point ! Autre exemple : j’ai mis un temps considérable à chercher comment le boitier faisait sa mesure de lumière : en spot, en matricielle… ? Et comment la régler ? Finalement, la mesure se règle en appuyant sur la touche AE et en regardant dans le viseur. Oui mais gné, la dite-touche Ae est sur la gauche du boitier, tout comme mon nez. Bref, incompréhension entre le boitier et moi, que j’ai finalement utilisé en mode priorité ouverture -et vitesse dans la soirée.

J’ai presque l’impression de retrouver les mots de J.C. Béchet, de Réponses Photo, dans son article sur un test terrain du Leica M9 : l’utilisateur de reflex pro qui met la main sur ce genre de boitier est perdu face à cette ergonomie mal fichue. A la longue, c’est certain que l’on s’y fait, que l’on prend ses marques et qu’on paramètre ensuite très rapidement son boitier. Mais pour le jeune découvreur de l’appareil… Et pourtant, je shoote quand même régulièrement au Leica, l’inspiration première de cet appareil !

Flatteur ou réaliste ? Les images, à en croire l’écran du boitier, sont très très bonnes. Mais je connais le piège et j’attends de voir le résultat sur ordinateur avant de juger d’un contraste ou d’une dynamique du capteur.

Autofocus, mise au point, et rapidité : Un point me tracasse toujours : L’autofocus est à la traine, c’est insuffisant pour faire de la street ou du reportage. Je pensais que la mise au point manuelle résoudrait le problème, mais elle est particulièrement casse-pieds : – En viseur optique, l’appareil n’indique en fait qu’une échelle de mise au point sur laquelle est colorée en blanc la zone de netteté. En soi, l’idée est bonne, sauf que la bague de mise au point est très mal démultipliée, et donc que passer d’une mise au point à 0,5m à 3m prend plusieurs tours de bague (on me souffle que le problème serait corrigé dans le dernier firmware ?). Je reviens aussi sur la lisibilité des indications dans la viseur, qui est en fait bien moindre en plein soleil. Carton jaune, car le boitier est difficilement utilisable sans ces indications. – En viseur numérique, la mise au point et le cadre sont “réels”, c’est-à-dire plus faciles à faire, comme sur un reflex. Sauf que ce viseur n’est agréable que de nuit.

Il faut porter quelques points au crédit du X100 : – son look ravageur auprès des jeunes filles, – son look discret et son silence qui facilitent la prise de vue, – sa rapidité de déclenchement et d’exécution en général, pour peu qu’il ne soit pas hors tension et qu’il soit en focus manuel, – son 35mm f/2 et son capteur montant jusqu’à 6400 ISO, top de nuit, – sa légereté, même à l’épaule

Ô tristesse, il est samedi soir, et le X100 n’a plus de batterie. Même pas 90 photos réparties sur une journée et demi. D’accord, j’ai bidouillé pas mal pour essayer de comprendre le fonctionnement à travers des menus pour le moins touffus. Mais enfin, quand même, c’est peu, d’autant que je n’ai pas vu les deux dernières graduations filer… Aye, 90 images et moins d’une journée d’utilisation du matériel. Ca va être light pour poster sur mon blog, mais tant pis. Au pire, je le réemprunterai…

JOUR 3 : VERDICT INFORMATIQUE

Je suis déçu de n’avoir que si peu d’images, que si peu de conditions de lumière différentes, à vous montrer.

Traitement ? Puisque je me suis posé la question, autant que j’évacue tout de suite le sujet : oui, les photos ont été traitées. Je n’aurais pas bien vu l’intérêt de faire un test sous forme de retour d’expérience sans suivre le workflow jusqu’au bout. Vous ne trouverez donc pas ici d’images brutes, de crops à 100% au centre et sur les bords ou autres gifs présentant un même cadre à toutes les ouvertures. La raison est simple : je me fiche pas mal de ces données. Toutefois, vous pourrez le constater, les traitements sont plutôt discrets et se résument au nécessaire pour faire ressortir un peu une image.

L’objectif, un heureux choix : Disons-le tout de suite : je suis agréablement surpris du 35mm f/2 Fujinon qui équipe le X100. Si sa mise au point n’est pas facile, il est en revanche clair, contrasté et très net quand les conditions lui sont favorables. Oh, et puis, équiper ce Leica-killer d’un 35mm est du meilleur goût. Merci Fuji !

Le capteur, le nerf de la guerre : La dynamique du capteur -qui équipe le Nikon D90- est vraiment satisfaisante pour un tel matériel. Si un 5D est toujours sensiblement devant, la taille semble ne plus compter autant qu’avant, tout du moins c’est ce que démontre Fuji. Au niveau des hautes sensibilités, je suis partagé. Ce point est vraiment important pour moi puisque, les photos vous le démontreront, je shoote souvent assez fermé et assez vite, en contrebalançant par la vitesse ISO. Pas mal de photos de cet article, prises en fin de journée, tournent entre ISO 1000 et 6400. Clairement, les résultats à 6400 et 3200 ISO ne sont pas exceptionnels, le boitier accuse une sérieuse perte de dynamique et de netteté. Mais les images à 1000 ou 1600 ISO restent très bonnes, le bruit se faisant très discret pour peu que l’exposition soit bonne. Attention, nuance : si les images ne sont pas exceptionnelles, je n’hésiterai par contre pas à m’aventurer à ISO 3200 ou 6400 avec le X100 ! On est certes loins d’un 5DMkIII, mais au niveau d’un D90 ou d’un 40D (meilleur que le 40D ?). Au traitement, les images répondent bien aux sollicitations, c’est-à-dire que, même en JPEG (oui, je shoote en JPEG, déchaînez-vous), le capteur a enregistré pas mal de matière partout.

Il faut que j’avoue qu’ayant eu du mal à cerner les modes de mesure de lumière, mes expositions ne sont pas parfaites, il manque un petit tiers de diaph par ci par là.

Esotérisme et magie électronique : Je n’ai essayé qu’un seul mode de “simulation de film”, celui appelé monochrome, qui m’a franchement déçu. Très flatteur sur l’écran arrière, il est franchement mauvais en hautes sensibilités, rendant de grands aplats de gris plutôt qu’une belle gamme nuancée.

Alors, bien sur, les sentiments exprimés dans cet article correspondent à un usage très bref du matériel (trois jours seulement, hélas). Nul doute que nombre de défauts se corrigeraient d’eux-mêmes au bout de quelques mois, d’autant que Fuji a la bonne idée d’être productif et de sortir beaucoup de corrections au niveau du firmware.

Bon, et maintenant, je dois me mouiller, n’est-ce pas ? Alors je dirais que je choisirai le X100. Probablement cet été, peut-être dans le mois qui vient. Mon Canon 40D va essayer de trouver preneur après la mi-juillet, et il sera remplacé par ce petit boitier qui renferme, je crois, de très riches possibilités. Si le matériel ne fait pas tout, il faut se sentir bien avec son matériel, et l’aimer. Mon ami Arnaud m’a dit un jour, quand j’hésitais entre deux objectifs : “essaie-les. la relation doit être presque charnelle, tu dois désirer ton matos”. Et il a eu raison : j’adore toujours autant mon 17-40mm Canon, mon Leica M, et je pense que j’aimerai ce X100 aussi.

© Basile Simon pour Graines d’Images