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Church and State in Cuba – Tomas Munita

Parfois, il y a des coups de cœur. Des images qu’on reconnaît tout de suite. Qui nous plaisent instantanément, qui nous rappellent ce que l’on aime, au fond. Et ça, grâce à la Lightbox, de TIME. Un cadeau d’une des plus grandes boîtes à photojournalisme.

Le cadeau du jour s’appelle Tomas Munita, 37 ans. Ancien de l’AP, vainqueur de l’Oskar Barnack award et 3e place au World Press Photo (catégorie “portraits”) en 2006, date à laquelle il se lance en freelance. Pour un vainqueur de l’Oskar Barnack, pas la peine de préciser que les petits télémétriques de Solms sont sa tasse de thé. Une preuve que le leica et la diapositive sont encore vivants, et que certains arrivent encore à placer ce genre d’images dans la presse. Sur la forme, ces images me font vraiment plaisir : regardez la profondeur des noirs, l’importance des ombres et des jeux de lumière, la saturation des couleurs, et pour autant la douceur des transitions… Il paraît que Cuba est merveilleuse à shooter grâce à ces couleurs et à ce décor, mais il faut avouer que Tomas Munita en a fait quelque chose d’extraordinaire.

Son reportage sur Cuba tombe en pleine actualité, puisque le pape est venu rendre visite à l’île de Castro cette semaine. Là-bas, il a plaidé pour “un changement”. Ce changement, c’est ce que souhaite montrer Tomas Munita dans cet essai : derrière le pouvoir castriste stagnant, l’Eglise est crainte par le régime car apportant un vent progressiste. Et ce vent progressiste, on en veut pas à Cuba, où l’accès journaliste et businessman est toujours très difficile à avoir. Je vous conseille en supplément l’article sur cet ère de modernité qui s’ouvre à Cuba grâce aux téléphones portables, véritables marqueurs sociaux mais interdits par le régime, paru dans le Polka de ce mois. <!--more-->

Il y a quelque chose dans ces photos. Quelque chose qui me rappelle une touche d’auteur que je connais bien. Quelque chose de James Nachtwey. A titre d’exemple… :


James Nachwtey

Je ne sais pas comment Munita travaille, et s’il a assez de travail pour vivre, mais mon petit doigt me dit qu’il se débrouille bien. La preuve qu’un jeune photographe peut encore faire son trou à l’ère numérique avec des vieux boitiers et du film argentique. Pour moi qui me dirige vers ces carrières, voir des images comme ça me donne une grande bouffée d’air frais et d’espoir. En effet, on ne fait que lire les Cassandre qui annoncent la fin du photojournalisme, le rôle d’illustration et l’immédiateté qui décime les correspondants… Peu importe, visiblement, puisque les gens de qualité restent. Nachtwey continue de livrer deux ou trois reportages par an (il ne doit donc pas courir après les avions ni être trop pressé), Smith a pris le temps de continuer des projets non rentables, et Mutina arrive à nous montrer, quelques jours seulement après le départ des hordes Reuters/AP/AFP, que la religion à Cuba est un vrai enjeu, et éclaire notre point de vue sur la visite du pape.