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Mort de Rémi Ochlik et de Marie Colvin

C’est une triste nouvelle qui s’est abattue sur la presse aujourd’hui : Deux journalistes ont été tués cette nuit dans la ville de Homs, sous les bombes du régime syrien qui pilonne sans relâche ce foyer d’insurgés. Ces deux journalistes sont Rémi Ochlik  (IP3 Press) et Marie Colvin (The Sunday Times) Plusieurs journalistes, dont Edith Bouvier (Le Figaro) et William Daniels (Item), ont été blessés dans cette attaque.

La vidéo ci-dessous montre les cadavres de Marie et de Rémi, filmés par un insurgé.

 

Rémi Ochlik était une étoile montante du photojournalisme français. Passé par l’école Icart, il part en Haïti pour Wostok Press en 2004, avant la fin de ses études. Il remporte avec ces images le Prix jeune reporter François Chalais et est projeté au festival Visa pour l’image de Perpignan. *Collaborateur régulier de Paris Match, son travail “Battle for Libya” venait d’être couronné du World Press Photo (catégorie “General News*“). Au micro de France Info aujourd’hui, ses collaborateurs ont salué un homme d’une grande humilité, d’un courage immense et d’une dévotion complète à son métier. Pour eux, il ne faisait nul doute que Rémi Ochlik avait un véritable talent pour être photojournaliste. Il avait fondé son agence, IP3 Press, en 2006, et exerçait donc en photojournaliste indépendant. Il venait de remporter au Scoop Grand Lille le prix Jean-Louis Calderon (tué lui même en reportage en Roumanie), pour ses trois reportages : « La chute de Tripoli », « Egypte Tahir Square » et « La révolution du Jasmin », qui avait ému par leur sensibilité leur originalité. Il est mort à 28 ans.

Cette disparition vient s’ajouter à celle de Gilles Jacquier, caméraman de France 3. Elle relance de plus sur le devant de la scène la situation précaire de indépendants, qui sont poussés à prendre de gros risques pour ramener des images et effectuer leur travail, s’ils veulent lutter contre les “grandes” agences. Il conviendra, je l’espère, de déterminer si, comme pour Gilles Jacquier, cette mort est un accident ou bien une cause recherchée. En effet, la maison que fréquentaient les journalistes touchés était connue pour abriter ce “QG presse” improvisé, et visiblement, en Syrie, on ne souhaite pas la bienvenue aux journalistes étrangers. Le ministre syrien de l’Information a déclaré mercredi qu’il n’avait pas eu connaissance de la présence des deux journalistes occidentaux : “Nous n’avions aucune idée de l’existence de ces journalistes ni du moment où ils sont entrés en Syrie”, a déclaré Adnan Mahmoud, cité par la chaîne de télévision privée al-Ekhbaria. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a quant à lui déclaré que : “Maintenant, ça suffit (…) ça montre que ce régime doit partir”.
J’espère que l’on ne va pas nous resservir la sauce Jacquier. En effet, aussi tragiques que soient ces morts, et jusqu’à preuve du contraire, elles ont lieu dans un contexte de guerre civile. Pour mémoire, il semble aujourd’hui être probable que Gilles Jacquier ait trouvé la mort davantage du fait des opposants syriens que du régimes en place. Encore une fois, ces morts sont insoutenables. Elles sont le lot des journalistes qui, de leur plein gré, se rendent en zone de guerre pour nous informer. Pour autant, il n’est pas souhaitable que le pouvoir politique récupère ces événements pour sa communication.

J’aimerais simplement insister sur un point que l’on pourrait, à tort, oublier : on ne sait pas si cette mort est accidentelle ou si elle est un assassinat pur et simple. C’est-à-dire que, certes, des journalistes sont morts sous des bombes et des roquettes. Mais cela n’est pas une raison pour parler d’assassinat et récupérer l’information politiquement. Quand on est en zone de guerre, et a fortiori dans une ville bombardée depuis des semaines, il faut s’attendre à ce que les bombes ne tombent pas que chez les autres. Il faut être extrêmement vigilant face aux raccourcis qui pourraient accuser Damas. Je suis conscient que cette argumentation est difficilement soutenable, d’une part quand on défend la Syrie, et d’autre part quand on se trouve sous le coup de l’émotion. Mais jusqu’à preuve du contraire, cette bombe est une “balle perdue”. Entendons-nous bien : Damas tue des innocents et des civils. Que leur combat soit juste ou non, l’on ne débattra pas ici ; mais la répression sanglante n’est pas un moyen correct de discussion. Bachar Al-Assad doit être destitué. Toutefois, on ne peut pas lui imputer en l’absence de preuve des assassinats, par définition volontaires et prémédités. Comme le dit Patric Chauvel, dans Le Monde : “La mort de ces journalistes [Rémi Ochlik et Marie Colvin] est très triste. Rémi était un jeune homme plein d’avenir, sincère. Mais ils sont morts en faisant leur métier, personne n’a fait d’erreur. Quand on est dans un conflit armé avec des passifs, des civils, c’est la roulette russe. L’essentiel, c’est de continuer à envoyer des journalistes en Syrie et de raconter des histoires.”

Je terminerai par citer le communiqué de presse de Reporters Sans Frontières, qui est éloquent :

“Nous condamnons avec la plus grande force ce triple crime. Le régime de Damas poursuit dans le sang sa politique de censure et de répression de l’information. Elle a décidé de punir collectivement toute une population et de faire taire par les moyens les plus violents les journalistes témoins des exactions. La communauté internationale ne peut plus rester passive devant la tragédie qui touche les villes bastions de la contestation pro-démocratique” La résolution 1738 du 23 décembre 2006 du Conseil de sécurité des Nations unies oblige les Etats à assurer la sécurité des journalistes en cas de conflit. Les journalistes et centres de presse sont neutres et ne peuvent en aucune manière constituer des cibles.

Enfin, toutes mes condoléances vont aux familles des victimes, qui travaillaient pour une très noble cause.

Je joins ci-dessous quelques liens : Portrait de Rémi Ochlik par Michel Puech  Communiqué de presse de Reporters Sans Frontières Mort de Rémi Ochlik, du Monde Mort de Marie Colvin, du Monde