Magnum et l’avenir de la presse

by Basile

En 2008, Magnum a publié sur son blog une série de 35 conseils aux jeunes photographes, donnés par chacun des 35 photographes de la légendaire agence : Alex Majoli, Alex Webb, Bruce Gilden, Eliott Erwitt, Martin Parr, Paolo Pellegrin, Steve Mc Curry, et j’en passe.
Des drôles de conseils, souvent.

Abbas : Get a good pair of walking shoes and…fall in love

Alex Majoli : I would advise to read a lot of literature and look as little as possible other photographers. (…)

Bruce Gilden : Photograph who you are!

David Hurn : Don’t become a photographer unless its what you ‘have’ to do. It can’t be the easy option. If you become a photographer you will do a lot of walking so buy good shoes.

Dennis Stock : Young photographers should learn their craft well and don’t expect to make a constant living at taking pictures. But they should FOLLOW THEIR BLISS. (…)

Stuart Franklin : Follow your heart and never give up.

Cet article vient donner le point de vue de photographes mondialement reconnus sur les difficultés actuelles du secteur de la presse et du photojournalisme, par un biais indirect :
« toi, jeune photographe qui souhaite percer dans ce milieu sinistré, que dois-tu faire pour y arriver ? »
C’est-à-dire quel chemin suivre pour parvenir à percer, mais aussi quelle sera la direction de la presse de demain.
Les conseils donnés par ces photographes ne sont pas didactiques. Beaucoup conseillent d’étudier la photographie (voire la peinture, cf. Eliott Erwit), la technique, puis de tout oublier, et de se concentrer sur l’essentiel : faire des photos avec son cœur, ses idées, soi-même.

Avant de continuer, je vous conseille d’aller lire chacun de ses conseils. Eric Kim a reproduit ces conseils sur son blog et a ajouté des images célèbres de chacun des photographes qui s’expriment.  Très agréable à lire.

Une fois tous ces conseils digérés, l’ensemble de ces mots semble pousser vers la production personnelle et le regard d’auteur. Sans blague, c’est Magnum qui parle, quand même.

Je vous parle de ce regard que représente Magnum, car je pense profondément que la solution pour un média ou un journaliste qui souhaite survivre à cette crise ou à ce tournant, c’est l’investigation, la qualité de l’information, et le regard d’auteur.
L’Allemagne en a un excellent exemple : l’hebdomadaire Die Zeit qui propose de longs articles fouillés et précis, mais surtout de qualité. Pourquoi cet exemple est-il intéressant ? Car ce journal est l’un des très rares à voir son chiffre d’affaires et son nombre de tirages augmenter depuis quelques années.
Ce qui signifie que l’allemand en quête de bonne information et prêt à payer pour un journal papier se tourne vers la qualité et le point de vue.

C’est aussi ce que disent ces messieurs de Magnum. Pourquoi le Monde, le Figaro et l’Express – pour ne citer qu’eux – perdent aujourd’hui de l’argent, ne vendent plus ? Tout simplement parce qu’ils se ressemblent tous, parce qu’ils ont oublié leurs partis-pris politiques, et essaient plutôt de ratisser large et accessible.
Le lecteur doit se reconnaître dans le média qu’il consulte. Et le lecteur n’est jamais neutre. Un journal neutre ne peut donc lui convenir.
Au niveau commercial, je pense qu’il est plus rentable et intéressant pour un journal de vendre à 20% d’une ‘catégorie sociale’ – telle que la droite française, ou les communistes français- – qu’à moins de 2% d’une population beaucoup plus large.

La théorie de l’électeur médian à l’échec face à l’information ?